1 Aristote 3 · Transmis au Lycée, tiré de ses propres écrits
Aristote, né à Stagire en 384 avant cette ère, mort à Chalcis en 322. Son père était médecin du roi de Macédoine. Il entra à l’Académie à dix-sept ans et y resta vingt années, n’en partant qu’à la mort de Platon. Il fut le maître d’Alexandre. En 335 il fonda le Lycée à Athènes. En 323 les Athéniens l’accusèrent d’impiété et il quitta la ville, disant qu’il ne laisserait pas Athènes pécher deux fois contre la philosophie — il savait que Socrate, lui, n’était pas parti. Il mourut de maladie l’année suivante. Il n’est pas un témoin : il n’a jamais rencontré le Maître, il est l’élève d’un élève. Ce qui subsiste de lui, ce sont des notes de cours, non les ouvrages qu’il publia de son vivant ; ceux-là sont entièrement perdus. De Dieu il raisonne un moteur immobile — raisonné, non adoré — et aucun de ses arguments ne se ferme sur une volonté divine. Ce qui est pris ici vient de ses propres livres : l’Ordre veut des paroles vérifiables, non un nom citable. De plus : au quatrième chapitre il s’oppose de front au Maître. Le Maître disait que nul ne fait le mal en le sachant ; il répond que cela ne s’accorde pas avec ce que chacun voit, et donne une autre explication. L’Ordre ne les concilie pas. Le Maître est dans les quatre évangiles, son objection est ici, et le lecteur décide après avoir lu les deux.
3.1Toute vertu se tient entre deux extrêmes.
3.2Le courage est entre la témérité et la lâcheté ; la générosité entre la prodigalité et l’avarice.
3.3Le défaut est un vice, et l’excès est un vice. Le milieu est la vertu.
3.4Mais le milieu n’est pas le milieu arithmétique.
3.5Si dix livres est trop et deux trop peu, l’entraîneur ne prescrit pas six à tout le monde. Ce qui convient au lutteur ne convient pas au débutant.
3.6Le juste milieu est le milieu relatif à toi, non un nombre identique pour tous.
3.7Je sais que mes deux prédécesseurs se sont disputés là-dessus sous le Portique Peint. (cf. Actes 5)
3.8L’un disait : la plus haute souveraineté est de n’avoir besoin de rien.
3.9L’autre disait : goûte la douceur du monde et n’en sois esclave en rien.
3.10Je dis : ils ne se disputaient pas sur un principe. Ils se disputaient sur une quantité — et les quantités diffèrent d’une personne à l’autre.
3.11La vieille femme avait raison : il ne vous a jamais appris combien prendre. (cf. Actes 5.15)
3.12J’ajoute une chose : qu’il ne l’ait pas enseigné ne veut pas dire qu’on ne puisse le chercher. Combien, cela s’apprend à juger. C’est pourquoi la vertu est un métier et non une chance.
3.13Mais il faut dire une chose clairement : tout n’a pas de milieu.
3.14La trahison n’a pas de juste mesure. Le meurtre n’a pas de quantité intermédiaire.
3.15Qui applique « toute chose avec modération » à ce genre de chose ne cherche pas le milieu. Il cherche une excuse.