1 Aristote 5 · Transmis au Lycée, tiré de ses propres écrits
Aristote, né à Stagire en 384 avant cette ère, mort à Chalcis en 322. Son père était médecin du roi de Macédoine. Il entra à l’Académie à dix-sept ans et y resta vingt années, n’en partant qu’à la mort de Platon. Il fut le maître d’Alexandre. En 335 il fonda le Lycée à Athènes. En 323 les Athéniens l’accusèrent d’impiété et il quitta la ville, disant qu’il ne laisserait pas Athènes pécher deux fois contre la philosophie — il savait que Socrate, lui, n’était pas parti. Il mourut de maladie l’année suivante. Il n’est pas un témoin : il n’a jamais rencontré le Maître, il est l’élève d’un élève. Ce qui subsiste de lui, ce sont des notes de cours, non les ouvrages qu’il publia de son vivant ; ceux-là sont entièrement perdus. De Dieu il raisonne un moteur immobile — raisonné, non adoré — et aucun de ses arguments ne se ferme sur une volonté divine. Ce qui est pris ici vient de ses propres livres : l’Ordre veut des paroles vérifiables, non un nom citable. De plus : au quatrième chapitre il s’oppose de front au Maître. Le Maître disait que nul ne fait le mal en le sachant ; il répond que cela ne s’accorde pas avec ce que chacun voit, et donne une autre explication. L’Ordre ne les concilie pas. Le Maître est dans les quatre évangiles, son objection est ici, et le lecteur décide après avoir lu les deux.
5.1Sans amis, nul ne choisirait de vivre, eût-il tous les autres biens.
5.2L’amitié est de trois sortes.
5.3L’une se forme pour l’utilité, l’autre pour le plaisir, l’autre pour la bonté de la personne elle-même.
5.4Les deux premières finissent quand l’utilité finit et que le plaisir finit. Ce qu’on aimait n’était jamais la personne, mais ce qu’on en tirait.
5.5Seule la troisième dure. Ce qu’on aime, c’est la personne, et une personne ne s’épuise pas comme s’épuise un usage.
5.6Mais la troisième demande du temps. Ceux qui n’ont pas mangé le sel ensemble ne peuvent être dits se connaître.
5.7Un ami est un autre soi-même.
5.8Aussi être bon pour un ami n’est-il pas un sacrifice. Ce que tu fais pour lui et ce que tu fais pour toi sont les deux faces d’un même acte.
5.9Le maître de mon maître a écrit : ce qui est un jour sorti d’une même source n’est jamais vraiment séparé. (cf. Évangile de Platon 1.33)
5.10Ce que cela veut dire au ciel, je l’ignore. Ce que cela veut dire parmi les hommes, je le sais — cela veut dire ceci.
5.11Quelqu’un demande : si un homme se suffit déjà, quel besoin a-t-il d’amis ?
5.12Je réponds : celui qui se suffit est précisément celui qui en a le plus besoin. S’il n’y a personne avec qui les partager, à quoi servent tous ces biens posés là ?
5.13Un autre demande : combien d’amis faut-il avoir ?
5.14Je réponds : pas beaucoup. L’amitié véritable exige du temps et une vie côte à côte, et de ces deux-là une existence ne contient pas beaucoup de parts.
5.15Tu peux être bon envers un très grand nombre. Tu ne peux devenir un autre soi-même qu’avec quelques-uns.