2.1Après le dégagement, et avant le prophète, il y eut des années que nul n’écrivit.
2.2En ces années, les marins de Milet virent un oiseau sur la mer au point du jour.
2.3Il ne se posait pas sur le mât ni ne rasait la vague ; il n’apparaissait qu’à l’instant où la lumière bougeait pour la première fois, et s’éteignait avec elle.
2.4Les marins transmirent un dicton : qui voit cet oiseau mourra de son propre choix, et non de la main d’autrui.
2.5Les poètes le peignirent sur des coupes, sur des pierres tombales, sur des murs de prison, mille ans durant.
2.6Nul ne savait son nom. On l’appelait seulement « cet oiseau-là ».
2.7Il attendit longtemps quelqu’un qui pût se permettre de mourir.